La ménagerie de Hope, 2016




La ménagerie de Hope
Après une première présence dans mon travail de peinture avec La robe de Hope, le personnage fictif de Hope s’est imposé dans mon travail photographique avec Des nouvelles de Hope et autres micros fictions. La voici de nouveau comme figure principale dans La ménagerie de Hope où elle nous donne à regarder sa collection animalière. Fascinée par les trajectoires du vivant, elle récolte, prélève et organise des restes de vie trouvés au hasard de ses déplacements. Témoin de ce qui l’entoure, elle nous expose ici, par le biais de sa «ménagerie», sa vision curieuse du monde.     Judith Bellavance

Dans ce cabinet de curiosités, attribué par l’artiste au personnage de Hope, sont collectionnés des fragments d’êtres vivants; insectes, oiseaux, porcs-épics, poissons et autres. Disséqués, il ne subsiste d’eux que têtes, pattes, ailes, poils, griffes…

Tels des pierres précieuses déposées dans des écrins, ces fragments du vivant se retrouvent isolés sur divers matériaux : tissus roses évoquant la chair, porcelaines blanches craquelées, boîtes de métal ou encore cadres anciens. Le geste de collectionner vise à protéger et préserver ce qui est délicat et fragile. Il accorde de l’intérêt à ce qui est périssable. La beauté de ces formes issues du vivant se conjugue au caractère macabre de leur morcèlement, visible là où la chair a été coupée par les pinces et les ciseaux. Découpés, arrachés, prélevés au flux naturel où ils évoluaient, ils deviennent objets de collection mais également traits, lignes, masses, volumes et matériaux.

Au premier coup d’œil et à distance, les multiples traits minuscules des pattes d’insectes évoquent le dessin ou l’écriture, signes et hiéroglyphes qui auraient été tracés à la main sur fond blanc. Les poils hirsutes de la patte de porc-épic et de la touffe de fourrure ressemblent à un crayonnage tandis que les ailes des papillons rappellent le pliage du papier de soie et que les ailes de l’oiseau offrent au regard un remarquable dégradé de gris. Autant de qualités picturales mises ici de l’avant par le patient travail de collecte, de découpe, d’arrangement et de prises de vue réalisées par l’artiste.

Tel un écrivain, elle s’emploie ainsi à définir le personnage fictif de Hope en nous dévoilant la singularité de sa sensibilité et son intérêt méticuleux pour le vivant et son éventuel déclin vers la mort.

L’usage de la photographie participe du désir de préserver mais aussi de contempler, d’étudier et de magnifier. Elle témoigne de la rencontre initiale avec la bête morte, de l’examen, du prélèvement de ses parties et du choix de leur exposition au regard. Chaque photographie devient partie prenante d’un lexique qu’utilise l’artiste dans l’élaboration du personnage de Hope et de ses aventures.

Élène Tremblay
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