Exposition collective À la tombée du jour, Centre Vu photo, Québec, 2023
Histoires de disparitions est une odyssée visuelle de la fin et de la transition, un florilège de portraits vestimentaires donnant une matérialité au glissement du vivant dans l’immatérialité de la pensée.
Pour m’approcher de mes sujets de création que sont la perte et la disparition, je travaille dans le domaine funéraire depuis 2019. Cette proximité me sensibilise sans cesse aux rituels qui sont réservés aux disparus et à leur destin posthume. Je vis cette expérience professionnelle comme un grand voyage où je côtoie différentes quêtes de sens à donner à cette ultime expérience de la disparition. Parfois, je suis témoin de la volonté de certains endeuillés de métamorphoser l’absence physique en invisible présence. Le corps inhabité se dématérialise et se transforme comme une sorte de chrysalide avant de se déployer dans l’immatérialité de la pensée. Celle-ci permettant de garder, regarder et ressentir la présence d’un disparu jusqu’au bout, jusqu’à ce que les prénoms n’aient plus de visages et de sonorités. L’ultime fin d’une existence serait peut-être là où s’éteint la mémoire.
Voilà qu’Histoires de disparitions prend son sens dans l’espace et le temps. Je raconte ainsi l’inéluctable destinée de tous corps sans conclure à une certaine dureté du renoncement ou à une consistance de la disparition. Je m’applique plutôt à révéler une sorte de finalité temporaire nécessaire à la pérennité des disparus dans le monde des vivants.
Pour Histoires de disparitions, je photographie les vêtements que l’on m’apporte pour vêtir les défunts que j’embaume afin de les préparer pour leur dernière apparition. Je façonne ensuite ces parures mortuaires pour en faire des portraits. Je les utilise comme témoins de l’affect mis en œuvre pour faciliter le glissement et le déploiement de leur présence dans l’espace de la mémoire : le vêtement de tous les jours, celui de la tradition, de la fonction, des grandes occasions et autres. S’ajoute à mes observations, l’attention avec laquelle ces vêtements ont été préparés : protégés sous une housse, enveloppés dans du plastique, apportés dans un sac, neufs, démodés, repassés, usé.
Je constitue ainsi une sorte de collection de réminiscences dans lesquelles s’enchevêtrent les sensibilités.
Je privilégie toujours l’évocation, la suggestion et la poésie pour aborder les sujets auxquels je m’intéresse. J’ai choisi d’inscrire ce projet dans une éthique et une esthétique de la délicatesse afin qu’il trouve une juste résonance pour raconter des histoires de disparitions et de destins posthumes.