C'est en m’attardant aux détails et la matérialité des objets que j’en suis venue à la photographie que je pratique avec mon regard et mon expérience de peintre. De l’empreinte d’un bas sur une cheville dénudée en passant par débordement d’un rouge à lèvres sur une image retouchée, j’ai entrepris de collecter, de classer et d’archiver tant des objets que des images. Porcelaines, insectes et sous-bois sont quelques exemples de collections que l’on peut relever dans cette banque de mémoire matérielle que j’approvisionne, tel un répertoire du quotidien. Présente à ce qui m’entoure, je cherche ce qui se glisse entre l’objet et son image, entre le réel et sa représentation, entre ce qui fait volontairement sens et ce qui apparaît. Je travaille ainsi à la frontière entre observation et invention, entre document et fiction.
Collectionnant, rapprochant, associant ces objets, les photographiant et les détournant de leur fonction première, je souligne la charge mnémonique qu’ils portent. Dans mes œuvres, ils sont vecteurs de mémoire et de sensations. Je leur assigne un rôle soit de sujets, voire de personnages, soit d’éléments énigmatiques. Telles des natures mortes du XVIIe siècle, ils y incarnent des protagonistes ou suggèrent des actions tout juste survenues. Voilà qui m’amène à travailler sur des stratégies et des structures narratives à partir desquelles je compose et propose des fictions photographiques. J’aime imaginer que je suis une écrivaine visuelle, quelqu’une qui accumule des fragments plutôt que des mots, qui compose avec des traces, des objets et des images pour développer sans cesse une écriture faite de matières et d’associations.