Ayant d’abord œuvré dans le milieu de la peinture, j’ai toujours été intéressée par les détails qui se dévoilent à celui qui observe. En me concentrant sur les plus menus d’entre eux, j’en suis venue à pratiquer la photographie. De la texture d’une aile d’insecte à l’empreinte fraîche d’un bas sur une cheville dénudée en passant par le débordement subtil d’un rouge à lèvres sur une image retouchée, j’ai entrepris de collecter, de classer, d’ordonner et d’archiver tant des objets que des images, d’accumuler ces divers éléments qui révèlent la nature et la trivialité de notre humanité. Cheveux, animaux et textiles ne sont que quelques objets que l’on peut relever dans cette banque, que j’ai bâtie au fil du temps, tel un répertoire du quotidien et du désir.

Collectionnant, regroupant, associant, puis réinterprétant ces éléments et ces objets, les photographiant et les détournant, aussi, de leur fonction première, je souligne la charge mnémonique qu’ils portent – dans mes images, les objets sont vecteurs de mémoire et de sensations. Ils ont, en outre, le potentiel de suggérer des histoires, souvent énigmatiques, que j’articule autour des concepts d’intimité et d’universalité, de mystère et de familiarité : dans chacune de mes œuvres, je mets des liens de contiguïté et de proximité en exergue tout en proposant ma vision de l’altérité. J’assigne à ces objets un rôle soit de sujets, voire de personnages, soit d’éléments symboliques au sein de mes photographies pour composer et suggérer des histoires : ils y incarnent des protagonistes ou ils y suggèrent des actions venant d’être posées, des événements tout juste survenus, qui, tous ensemble, constituent les composantes des fictions que je crée. Voilà qui m’amène, dans un second temps, à travailler sur des narrations, des enchaînements, un déroulement. Mon travail photographique relève donc de l’assemblage, de la narration, de la fictionnalisation et de la suggestion : il est le fruit d’une démarche consistant à amasser, puis à rapprocher pour enfin montrer et raconter tout à la fois.

Lors de mes « cueillettes de détails », autrement dit lors de mes prises de vue, avant de procéder à ce travail de fictionnalisation autour de mes sujets, j’oriente mes observations et mes recherches autour de l’expérience de la perte ; je suis fascinée par ce qui nous échappe : mots, souvenirs, illusions, jeunesse, relations… En parallèle à ma pratique artistique, j'ai terminé en mai 2019, des études en thanatologie. Durant trois ans, je me suis m’initiée à la pratique de ce vieux métier et à ses multiples aspects : travail sur le corps, rencontres où valeurs et rituels prennent plusieurs formes (personnelles, familiales, culturelles, religieuses, économiques…). Je m’approche donc de plus en plus de l’expérience de la perte par le biais de ma proximité avec le deuil, avec les rites qui l’entourent, ce qui se perçoit inévitablement dans mon travail de création.