Ayant d’abord œuvré dans le milieu de la peinture, j’ai toujours été intéressée par les détails qui se dévoilent à celui qui observe. En me concentrant sur les plus menus d’entre eux, j’en suis venue à pratiquer la photographie. De la texture d’une aile d’insecte à l’empreinte fraîche d’un bas sur une cheville dénudée en passant par le débordement subtil d’un rouge à lèvres sur une image retouchée, j’ai entrepris de collecter, de classer, d’ordonner et d’archiver tant des objets que des images, d’accumuler ces divers éléments qui révèlent la nature et la trivialité de notre humanité. Cheveux, animaux et textiles ne sont que quelques objets qu’on peut relever dans cette banque, que j’ai bâtie au fil du temps, tel un répertoire du quotidien et du désir.

Collectionnant, regroupant, associant, puis réinterprétant ces éléments et ces objets, les photographiant et les détournant, aussi, de leur fonction première, je souligne la charge mnémonique qu’ils portent – dans mes images, les objets sont vecteurs de mémoire et de sensations. Ils ont, en outre, le potentiel de suggérer des histoires, souvent énigmatiques, que j’articule autour des concepts d’intimité et d’universalité, de mystère et de familiarité : dans chacune de mes œuvres, je mets des liens de contiguïté et de proximité en exergue tout en proposant ma vision de l’altérité. J’assigne à ces objets un rôle soit de sujets, voire de personnages, soit d’éléments symboliques au sein de mes photographies pour composer et suggérer des histoires : ils y incarnent des protagonistes ou ils y suggèrent des actions venant d’être posées, des événements tout juste survenus, qui, tous ensemble, constituent les composantes des fictions que je crée. Voilà qui m’amène, dans un second temps, à travailler sur des narrations, des enchaînements, un déroulement. Mon travail photographique relève donc de l’assemblage, de la narration, de la fictionnalisation et de la suggestion : il est le fruit d’une démarche consistant à amasser, puis à rapprocher pour enfin montrer et raconter tout à la fois.

Lors de mes « cueillettes de détails », autrement dit lors de mes prises de vue, avant de procéder à ce travail de fictionnalisation autour de mes sujets, j’oriente mon observation et mes recherches autour de l’expérience de la perte ; je suis fascinée par ce qui nous échappe : mots, souvenirs, illusions, jeunesse, relations… D’ailleurs, parallèlement à ma carrière artistique, je termine présentement des études en thanatologie. Depuis trois ans, je m’initie à la pratique de ce métier, à ses multiples aspects : travail sur le corps, rencontres où valeurs et rituels prennent plusieurs formes (personnelles, familiales, culturelles, religieuses, économiques…). Je m’approche donc de plus en plus de l’expérience de la perte par le biais de ma proximité avec le deuil, avec les rites qui l’entourent, ce qui se perçoit inévitablement dans mon travail de création, nourri chaque jour davantage par ma réflexion autour du thème du rituel.



Coming from painting, I have always been fascinated by the details the scrutiny of the observer will reveal. I gradually incorporated the use of photography in my practice. This medium allowed me to focus on details down to its most minute manifestation: the texture of an insect wing, the fresh imprint of a sock on a bare ankle, a smear of red lipstick left by a kiss on the retouched photograph of a deceased person. I undertook the task to collect, classify, order, archive these details, attempting to reveal a small part of our humanity. "Hair", "animals" and "skies" are just some examples of the categories to be found in my image bank, presented as ordered collections, which I have built as a daily repertoire of the ordinary, of these obscure objects of desire.

By object, I mean what Jacques Baudrillard in his book The System of Objects (1968) referred to as something diverted from its primary function, that is being practiced. I collect, accumulate, own and re-instill memory and a function of subject into the objects. This act of collection deriving from archiving leads to the narrative aspects brought by the objects. I pair images that could eventually lead to narrative fictions. These diptychs generate enigmas that are left unresolved. A feeling of empathy for the human and the natural emerges from all this.
These never ending stories have something in common however. My creative work stems from both my desire to show and my need to tell. In each of my works, I try to emphasize the close link and the feeling of otherness to create a story. My works are like a mixture of bursts and whispers, they are unresolved enigmas that arouse tension and leave us with a feeling of expectancy. Charged with unforeseen stories, they bring forth the sublime in our day to day life.