Ayant d’abord œuvré dans le milieu de la peinture, j’ai toujours été intéressée par les détails et la matérialité des objets. En me concentrant sur eux, j’en suis venue à la photographie que je pratique avec mon expérience de peintre. De l’empreinte d’un bas sur une cheville dénudée en passant par le débordement d’un rouge à lèvres sur une image retouchée, j’ai entrepris de collecter, de classer, d’ordonner et d’archiver tant des objets que des images. Cheveux, animaux, porcelaines et sous-bois sont quelques exemples d’objets que l’on peut relever dans cette banque que j’approvisionne, tel un répertoire du quotidien et du désir.

Collectionnant, rapprochant, associant ces objets, les photographiant et les détournant de leur fonction première, je souligne la charge mnémonique qu’ils portent. Dans mes œuvres, les objets sont vecteurs de mémoire et de sensations. Je leur assigne un rôle soit de sujets, voire de personnages, soit d’éléments symboliques, métaphoriques pour composer et proposer des histoires photographiques. Telles des natures mortes du XVII siècle, ils y incarnent des protagonistes ou ils y suggèrent des actions tout juste survenues, qui, tous ensemble, constituent les composantes des fictions que je crée. Voilà qui m’amène, dans un second temps, à travailler sur des narrations, des enchaînements, des déroulements. Mon travail photographique relève donc de la composition, de la narration et de la suggestion : il est le résultat d’une démarche consistant à amasser, archiver puis à rapprocher pour enfin montrer et raconter tout à la fois.

Lors de mes « cueillettes de détails et d’objets », autrement dit lors de mes prises de vue, avant de procéder à ce travail de fiction, j’oriente mes observations et mes réflexions autour de l’expérience de l’altérité, de la perte, de l’absence et du désir. Je suis fascinée par tout ce qui nous échappe : mémoire, sensations, capacité… J’ai donc complété des études en thanatologie au printemps 2019 et je pratique depuis le métier de thanatopracteure en parallèle à mon travail de création. Le laboratoire du complexe funéraire s’est fait voisin de l’atelier d’artiste. Cette proximité m’ouvre les portes de nombreux rituels à explorer et à inventer, ce qui se perçoit dans mon travail de création, nourri chaque jour davantage par ma réflexion autour de l'altérité, de la perte, de l'absence et du désir.