Projet réalisé en collaboration avec Élise Turcotte
                    21 impressions numériques sur papier Baryta, 107 x 148 cm et 148 x 107 cm. éd. 1\2


La maison suspendue, présenté au Centre culturel Yvonne Bombardier du 18 avril au 30 août 2026






J'avais menti aux objets du départ






Débutantes nous avions choisi la syntaxe affolée puis la syntaxe de l'aube puis le retour de la lettre d'amour sur une terre aréique






Plus tard quelqu'un lira dans mes cheveux endormis






Les vapeurs, les rochers, la pêche miraculeuse, un champs aveugle existait pourtant, cet habit centenaire suspendu au clou du passage le plus étroit






Sa mort avait tranché la douceur d'un nuage






À chaque passage du renard fantôme près du piano inoccupé






           Un corps invisible est venu me chercher, je disais non non avec mon collier de fleurs blanches






J'ai rangé le soupir dans ton tiroir






Je n'obéissais pas à la maladie mais mes désirs souffraient






Les petits chevaux piaffaient sur le fleuve






Devant le chapelet des fous de Bassan j'épelais les lettres de mon âme






           Je comptais les tempêtes une voix à la fois






Je pensais à la ménagère de la mort mes mains brulaient






Je ne vous ai pas cru, je cachais mes pensées dans mes joues et je transformais les êtres en animaux






L'inventaire des rumeurs, le poids de l'île, il était encore question de revenir



Nos deux pratiques, photographe et écrivaine, se retrouvent ici étroitement liées l’une à l’autre dans l’acte de création. Nous avons donné une présence et une matérialité aux mots pour les inclure comme sujets dans la création de l’image photographique et nous avons construit des espaces théâtralisés pour raconter des histoires de temps suspendu. 
Nous avons travaillé autour de cette idée « des mots-objets et des objets-mots » dans la maison LeGros. Située à Pointe-St-Pierre, en Gaspésie, cette demeure fut achevée en 1890 pour accueillir la famille LeGros qui y résida jusqu’à la fin des années 50. Ensuite, un seul membre de cette famille y est revenu occasionnellement jusque dans les années 1980. Depuis, tout est resté en place, comme si le départ n’avait pu être envisagé : vaisselles, épices, vêtements, literie, albums photos, pharmacopée, jouets, tout y est. Ayant survécu au temps et aux éléments dans son état d’origine, l’aménagement de la maison, aujourd’hui décatis, conserve en ses murs les stigmates de cette famille. 
La maison Legros nous a offert un nouvel angle de réflexion et d’appréhension du réel, car il ne s’agit pas ici d’une reconstitution, mais d’un espace resté intact, en suspension entre un passé immobile et un futur inexistant, figée dans un présent sans fin. C’est comme si la famille LeGros avait fondés son propre musée. Pourquoi tout conserver?  Que s’est-il passé pour que l'absence demeure? Ce qui nous a intéressés n’était pas tant de répondre à ces questions – quoique cela a fait partie de la recherche et a teinté nos décisions – mais plutôt d’inventer de nouvelles images à partir de ce stadium en habitant les zones de vides et en saisissant une sorte de hors champ dont nous avons imprégné les photographies. Barthes parle du « punctum » comme d’un supplément qui s’ajoute à la photo tout en y étant déjà, et c’est là-dessus que nous nous sommes penchés : un détail, un hasard, une ponctuation qui intervient dans la mise en scène. C’est là que l’écriture et les objets se sont inscrits – comme si, en les photographiant, nous les avions révélés. Nous avons cherché ce dialogue entre mots et objets pour aborder la narrativité de l’image tout en restant dans un univers visuel et subjectif. Au sortir de cette expérience, nous avons fait naître des fictions autour des traces qui demeurent et des enchevêtrements narratifs autour de l’absence. 
Un carnet de notes fait partie de ce projet. Il s’agit d’un texte d’une vingtaine de pages qui relate nos recherches et notre méthode de création dans la maison.  Une sorte de journal de création où la vie quotidienne côtoie le travail in situ. 
Élise et Judith


La maison suspendue, présenté au Centre culturel Yvonne Bombardier du 18 avril au 30 août 2026

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